Les Primeurs à Bordeaux

La semaine des primeurs est un évènement incontournable de l’agenda des professionnels du vin. Cette semaine a lieu fin mars/début avril et est l’occasion pour les châteaux bordelais de présenter le millésime en cours: en avril 2017, on déguste le millésime 2016. A noter que lorsque l’on parle du millésime d’un vin, cela correspond à l’année de récolte des raisins, et non pas à l’année de mise en bouteille, puisque certains vins passent jusqu’à 18 mois en barriques.

C’est le cas pour la plupart des vins qui seront dégustés lors de la semaine des primeurs: les vins que l’on déguste ne sont donc pas terminés, il leur reste encore jusqu’à un an d’élevage en barrique avant d’être mis en bouteille. Mais alors, quel est l’intérêt de déguster des vins qui ne sont pas finis? Tout simplement de se faire une idée de la qualité du millésime, appellation par appellation. En effet, les châteaux qui font partie de l’Union des Grands Crus se rassemblent par appellation pour faire déguster leurs vins.

La semaine des primeurs c’est aussi l’occasion pour les journalistes, les négociants, les importateurs et autres acheteurs de se rendre sur place, dans le vignoble, pour déguster les vins. Mais le vignoble bordelais est vaste, et les châteaux ne sont pas tout près les uns des autres. Ces dégustations groupées permettent donc de ne pas avoir à trop se déplacer. Elles sont également l’occasion de comparer les vins les uns aux autres, ce que je trouve particulièrement intéressant, puisque les vins sont encore jeunes et les arômes plus difficiles à distinguer. Le fait de déguster plusieurs vins au même endroit offre une vision plus globale, du millésime comme de l’appellation.

Mais certains châteaux préfèrent recevoir « à domicile », sur rendez-vous uniquement, une démarche qui peut se comprendre: cela leur permet, d’une part de garantir les conditions de stockage de leurs échantillons (tant qu’une bouteille n’est pas revêtue de son étiquette définitive, on parle d’échantillon), et d’autre part de garantir que leurs vins seront dégustés dans des conditions optimales. Il est toujours plus agréable de déguster dans une salle calme face aux vignes que dans une grande salle avec des dizaines de personnes.

Ces dégustations primeur auront une réelle influence sur la réussite commerciale du millésime, puisqu’à l’issue de cette semaine, les châteaux vont, au fur et à mesure, définir le prix de vente du millésime. Ce prix sera donc fonction de la qualité globale du millésime, de la réussite de tel ou tel château par rapport à son voisin, mais aussi des notes obtenues chez les différents critiques du vin.

Une fois le prix du vin fixé, il sera vendu « en primeur », c’est-à-dire que le château estime le nombre de bouteilles qu’il obtiendra à la fin de l’élevage du vin, et en vend un certain nombre, avant même que le vin ne soit fini, au négociant, qui ensuite revend des bouteilles futures à ses clients. Acheter en primeur est intéressant car le prix du vin reste moins élevé que lorsque les bouteilles « définitives » seront sur le marché. Cependant, il faut savoir qu’on ne peut acheter des primeurs que par caisses (de 6 ou 12 bouteilles). Il vous faudra également un peu de patience, tout d’abord car vous payez du vin avant de le recevoir, mais aussi car ce sont des vins qui sont faits pour durer dans le temps, leurs arômes ne se dévoileront donc pleinement que quelques années après la livraison.

 

Un peu d’histoire

Si ce système de commercialisation peut paraître étrange, il s’explique historiquement. En effet, jusqu’au début du 20ème siècle, le vin était fabriqué et mis en barrique au château, puis les barriques étaient vendues aux négociants, qui disposaient de chais, dont la plupart étaient situés sur les quais à Bordeaux, où le vin pouvait faire son élevage. Les négociants s’occupaient alors de la mise en bouteille du vin.

C’est en 1924 que le Baron Philippe de Rothschild fut l’un des premiers à mettre fin à ce système : en effet, le Château perdait le contrôle de la qualité du vin une fois celui-ci stocké chez le négociant. En décidant de stocker les barriques à la propriété, puis de procéder à la mise en bouteille sur place le moment venu, le château reprend ce contrôle, garantissant ainsi aux clients la qualité du vin. Progressivement, de plus en plus de Châteaux ont suivi cette démarche, vendant donc des bouteilles aux négociants, et non plus des barriques. Il existait des accords, plus ou moins officiels entre producteur et négociant, mais c’est dans les années 1980 que le système des primeurs tel que nous le connaissons a été instauré.

Sous l’influence de Robert Parker, les châteaux décident de faire goûter leurs vins « en primeur », non pas uniquement aux négociants, mais également aux importateurs et aux journalistes. La semaine des primeurs est née, influençant le cours des ventes de vins sur la place de Bordeaux. Le consommateur a désormais accès à l’avis des prescripteurs, ce qui permet aux négociants de vendre le vin aux particuliers avant même que celui-ci ne soit mis en bouteilles.

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Alice
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